LE MELANTOIS    
Jeudi 18 janvier 2001
  Pont-à-Marcq et son pays  
     
 

Après les inondations, des riverains de la Marque se mobilisent

Par Jean BISCHOFF

Les pieds dans l’eau, ça suffit !

Après les débordements répétés de la rivière, six habitants de Pont-à-Marcq portent plainte contre X. Ils ont aussi créé une association de défense, SOS Marque.

 
     
 

«QUAND il pleut la nuit, je me lève pour aller voir le niveau de la Marque, affirme André Leblanc. C’est l’angoisse ! » Au début décembre, il a eu soixante centimètres d’eau dans sa maison. Avec son fils, qui dirige la petite entreprise de mobilier voisine, et quatre autres Pont-à-Marcquois habitant route Nationale et riverains de la Marque, il a déposé plainte contre X.« Après les inondations de juillet, on a commencé à s’organiser à l’automne, explique le retraité. Le débordement de décembre a accéléré les choses. Le mauvais temps n’est pas la seule explication. » Bref, les plaignants lancent un coup de semonce. « Nous voulons établir les responsabilités de chacun, même si elles risquent d’être diluées, argumente-t-il. Nos assureurs, eux, ne vont pas manquer d’augmenter leurs primes. Ce que l’on veut, c’est que ça n’arrive plus ! »

 
 

Collectif

« Il fallait aller vite, de crainte que, le temps passant, les gens se sentent moins concernés avec le retour de conditions météo un peu plus favorables », poursuit André Leblanc. Alors, dans la foulée, et pour que la prise de conscience soit la plus large possible, SOS Marque, association pour la défense de la Marque, a officiellement vu le jour le 8 janvier. Pour justifier l’action en justice que, lui aussi, a intentée, le président de SOS Marque, André Janssen, s’interroge : « En juillet, les pompes ont fonctionné et je n’ai pas eu de problèmes. Début décembre, il s’en est fallu de deux marches pour que je sois inondé. Ça a même failli arriver le jour de l’An, alors qu’il n’avait pas plu énormément. Ce qui m’intrigue, c’est que l’eau monte toujours dans la nuit d’un samedi à un dimanche, ou un jour férié... » La nouvelle association compte seize adhérents, dont un Ennevelinois et trois Tourmignisiens. Affiliée à Nord Nature, elle ne veut pas jouer les « va-t-en-guerre » mais essayer de comprendre, en glanant le maximum d’informations, et sensibiliser les habitants des communes traversées par la rivière. « Nous n’avons pas envie de nous lancer dans la politique, souligne, pour sa part, Jean-François Gombert, le vice-président. Notre but, c’est de rassembler les forces et, pourquoi pas, de faire un collectif unique pour les villages du bassin amont. »

 
 

« Bétonnage »

La connaissance des caprices de la nature reste assez empirique et la décision de lancer des travaux (qui coûteront très cher) prendra certainement beaucoup de temps, reconnaissent les chevilles ouvrières de SOS Marque. Il n’empêche, leur but est clair : « Endiguer les crues de la Marque en menant des actions d’information et de sensibilisation (...) afin que, dans les plus brefs délais, la rivière soit curée ; que les berges et le lit soient réaménagés ; que divers ouvrages d’art pouvant faire obstacle soient révisés. » Il s’agit aussi de « maintenir une surveillance sur les projets de construction ou d’aménagement du territoire qui ne tiendraient pas compte du contexte de la Marque (voir ci-contre) ; d’aider à l’installation d’un plan de prévention des risques naturels sur la vallée ; et enfin, de favoriser l’amélioration de l’eau de la rivière, de sa faune et de sa flore... » Il faut éviter le « bétonnage », plaident André Leblanc et Jean-François Gombert qui ne cachent pas leur inquiétude face au projet de contournement de Pont-à-Marcq. « Cette voie traversera une zone humide vers Ennevelin. Ça risque de faire barrage et d’aggraver la situation. »

 
 

SOS Marque, 148, rue Nationale, 59710 Pont-à-Marcq.
L’association compte organiser une réunion avec les élus, début février
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Dans le jardin d'André Janssen (entouré par A.Leblanc et J-F. Gombert), une marque rappelle la crue de 1906. "En décembre, explique-t-il, l'eau est montée plus haut..."

 
     
 

Au bout de la rue Jean-Jaurès, à Ennevelin, à deux pas de la Marque

Prêts à créer un comité de défense

 
     
 

«La dernière fois, l’eau est arrivée au ras de la maison», explique Luc Planckaert en montrant la baie vitrée de la véranda et, au-delà, son jardin, noyé. Artisan retraité, il a fait construire ici, en 1994. Aujourd’hui, Luc Planckaert, avec au moins trois de ses voisins (un autre a rejoint SOS Marque, voir ci-dessus), se dit prêt à «lancer une pétition, voire à créer un comité de défense». Avec un seul objectif : «Je veux que quelqu’un nous dise que la décision de curer la Marque va être prise et que cela va être fait.».« Le premier débordement a eu lieu il y a environ trois ans, se souvient-il. Et puis, il y a eu la série : décembre 1999, avril et octobre, mais surtout juillet et décembre 2000 et le 1er janvier 2001. » Un voisin, Freddy Lentrein, a écrit à l’Agence de l’eau : « Il y a trois ou quatre ans, un fossé a été creusé pour capter et rejeter dans la Marque les eaux de pluie des alentours. Depuis, lors de précipitations abondantes, la Marque utilise ce trop-plein et inonde les terrains de mes propriétaires mitoyens et le mien. Le 3 décembre, notre voisin s’est retrouvé avec quinze centimètres d’eau dans sa maison. Nous ne pouvons plus utiliser nos abris de jardin. Quand la Marque déborde, nous ne pouvons plus évacuer nos eaux usées... »

 
 

Remembrement

Le tracé de ce fossé, le courant du Pont-Thibault, a été rectifié lors du remembrement, explique Daniel Devendeville, le maire d’Ennevelin. D’abord aux Trois-Bourdons et, ensuite, au bout de la rue Jean-Jaurès, afin qu’il rejoigne la Marque plus directement. «Ce courant, détaille-t-il ensuite, recueille les eaux de Tourmignies, d’Avelin, du Pont-Thibault et passe par le bois de la Cense des Raines, le long duquel on est dans une zone inondable.» Début décembre, les sols étaient tellement saturés d’eau que la crue a progressé en quelques heures sur ce parcours. «A l’arrivée, le niveau de la Marque était tel que le fossé n’a pas pu s’y déverser, conclut-il. Si les travaux n’avaient pas été faits, l’inondation aurait été encore plus importante.» Dernière précision : ce secteur n’est pas recensé comme tel dans l’Atlas régional des zones inondables (voir ci-dessous).

 
 

J.B.

 
 

Début décembre, au bout de la rue Jean-Jaurès, c'était Ennevelin-les-Bains...